Définitivement pas un plan B
Ce jeudi 3 septembre, la toute nouvelle chaîne de télévision régionale Canal B — qui couvre un bassin de 320’000 personnes — se présentait à l’occasion d’une rencontre organisée par la Chambre d’économie publique.
J’ai toujours été fasciné par le monde des médias, et plus particulièrement par la manière dont se construit le récit journalistique. En revanche, j’ai toujours eu de la peine avec cette forme d’actualité relevant de l’« infodivertissement », qui brouille les genres. À mes yeux, elle tend à décrédibiliser la parole journalistique en transformant l’actualité en spectacle.
Pourtant, mon imaginaire est porté par le style de grands journalistes mélangeant sans vergogne mise en scène personnelle et récit de fond (ah, Kessel ! Colette !). Écrire l’actualité comme un roman, ciseler les mots pour les rendre plus percutants, décrire et raconter ce qui a été vu, touché, senti, entendu, goûté et, surtout, ressenti. Parfois, il y a une forme de tristesse à ne pas avoir connu le lancement de ces grands journaux qui ont marqué l’histoire du journalisme d’une empreinte indélébile.
Dans ce contexte, la conférence du jour, intitulée « Canal B, la nouvelle télévision du Grand Chasseral et du Seeland », ne manquait pas d’intérêt. Organisée par la Chambre d’économie publique à La Couronne, elle réunissait Christian Willi, Laurent Kleisl et Dany Fuhrer — respectivement directeur de la chaîne, rédacteur en chef du canal francophone et directeur commercial. Leurs interventions se sont révélées particulièrement instructives.
Dans les faits, Canal B fonctionne avec un budget dont les deux tiers proviennent de la redevance, le tiers restant étant assuré par la publicité. L’équilibre demeure délicat, d’autant que la chaîne doit couvrir trois cantons, chacun doté de son propre système politique.
La nouvelle venue dans le paysage audiovisuel régional se distingue de sa prédécesseure, qui se voulait résolument bilingue. Contrairement à TeleBielingue, Canal B repose sur deux canaux distincts : l’un francophone, l’autre germanophone. Les contraintes, toutefois, restent les mêmes : respecter à la lettre les directives de l’Office fédéral de la communication (OFCOM) afin de percevoir l’entier de la subvention promise. « On doit combiner la télévision de notre rêve avec les contraintes des directives », résume Christian Willi.
Au cours de l’intervention de Laurent Kleisl, on apprend que l’approche journalistique est un véritable casse-tête. L’OFCOM distingue les minutes pertinentes des autres. Trois conditions doivent être remplies simultanément : la qualité de l’information, sa pertinence et son ancrage régional. Couvrir un match de hockey à la Tissot Arena entre Bienne et Berne, c’est bon. Un derby entre les Biennois et les Jurassiens du HC Ajoie à Porrentruy, c’est niet. L’information est décotée.
Cette précision concernant le fonctionnement de l’OFCOM est plutôt déconcertante.
Intérieurement, je souris et repense à mon interview de la veille. Fouillant dans mon esprit, me reviennent en mémoire les mots que j’ai prononcés et la formulation de mes réponses. Je garde l’espoir que les 2 minutes et 36 secondes consacrées au festival Tramlabulle soient bien comptabilisées comme un moment convenable et payant aux yeux des agents et agentes de l’Office. C’est le meilleur service que je puisse rendre à Canal B, avec comme souhait que la couverture médiatique du Grand Chasseral reste dynamique et plurielle. C’est un objectif indispensable à toutes les actrices et à tous les acteurs qui s’impliquent dans le développement de notre région.

