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Juil
2026
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Itinéraire d’un timide chronique

J’ai hérité du caractère désintéressé de mon père (mais malheureusement pas de son sens du bricolage) et de la timidité de ma mère (moins de son courage fascinant à se relever des turpitudes de la vie). Des deux, j’ai reçu cette forme d’insouciance qui convie aux expériences les plus diverses.

Après avoir été un petit garçon très timide, proche du mutisme, il m’est encore très surprenant de me retrouver de temps à autre avec un micro en main. Le dernier épisode remonte au 13 juin à la Fnac de Lausanne. J’étais en compagnie de Laurent Hopman et Renaud Roche, co-auteurs de la série Les guerres de Lucas. Leur bande dessinée retrace les événements qui ont accompagné le réalisateur et producteur George Lucas tout au long de son travail sur les trois volets initiaux de la saga Star Wars.

L’exercice de l’entretien, je connais. Et j’apprécie. En revanche, réaliser une interview devant un public de passionnés et de connaisseurs est une tout autre gymnastique mentale. Une bonne dose d’huile essentielle sur le poignet – davantage par routine – que par réels soucis d’efficacité et c’est parti !

La fluidité des échanges engendre cette petite dopamine qui canalise mes émotions vers une forme bien-être.

Sur scène, trois solides gaillards. Face au podium, une vingtaine d’individus attentifs à leur propos. Sérieux, j’ai préparé cette intervention avec un petit fil conducteur rassurant. L’attachée de presse de Deman Éditions m’a réservé une petite surprise :  » On aimerait bien diffuser plusieurs vidéos durant la discussion. »  Eh bien, voilà, il faudra improviser pour placer ces séquences au bon moment. C’est presque mécanique : mon poignet odeur lavande se juxtapose à mon nez. Tout est sous contrôle.

Converser avec ChatGPT ?

J’entre dans ma bulle… La conversation démarre. Il y a les questions et bien évidemment les réponses. Je me concentre sur l’horloge de manière à garder un œil sur le temps imparti, ainsi que sur les propos de mes hôtes (Mince, quelle était ma question ? Ne pas oublier de demander la diffusion de la vidéo à tel moment…) En fin de compte, la lecture n’est pas un exercice si solitaire qu’il n’y paraît. Sur une scène, on quitte le confort du salon. On partage ses ressentis avec les auteurs (quelle chance !) et avec le public (très chouette !) La fluidité des échanges engendre cette petite dopamine qui canalise mes émotions vers une forme de bien-être.

À l’issue de ce rendez-vous, je me questionne : je ne cesserai jamais d’être timide, c’est un fait. Néanmoins j’affectionne ces moments si humains et tellement enivrants. Que nous restera-t-il lorsque nous aurons complétement accepté sur les flux de nos réseaux sociaux que des images et des récits basés sur les IA ? Ils en sont déjà saturés, noyant la visibilité et les possibilités d’échanges entre les artistes et leurs publics. Est-il possible de converser avec ChatGPT sur une scène ?

Je m’inquiète de voir les artistes renoncer en raison de la précarisation de leur métier, et très égoïstement de ne plus pouvoir les questionner sur leur savoir-faire. Au fil de mes réflexions, je m’aperçois que tout a débuté il y a quelques années par une erreur que j’ai commise. On peut y voir un lien ou non. Désormais, fini le passage par les caisses automatiques des grandes surfaces.

Je sais que le plaisir de l’échange et du contact social est une véritable friandise et un incroyable palliatif à ma timidité.