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Juin
2026
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Ma romance avec Ella

Le festival Booklovers à Lausanne (6-7 juin 2026) met l’accent sur la littérature Young and New Adult. La librairie de la manifestation offre une variété d’ouvrages, dont une catégorie très populaire parmi (particulièrement) les jeunes femmes : La Romance !

Depuis trois ans, le festival Booklovers à Lausanne accueille des autrices et des auteurs qui rencontrent un véritable succès auprès des jeunes lectrices (surtout) et lecteurs. Morgane Moncomble ou Emma Green, pour ne citer que ces exemples, sont de véritables icônes de cette littérature devenue incontournable.  Le phénomène se mesure à la longueur de la queue pour obtenir le ticket ouvrant le droit, à 10h, à une dédicace de Morgane Moncomble. À 09h15, la file d’attente s’étale sur la longueur du musée des beaux-arts. Les premières lectrices étaient présentes dès 06h30 !

Installé sur le quartier des arts Plateforme 10, le festival côtoie le musée Photo Elysée qui héberge ces temps-ci une très belle exposition consacrée à ma chère Ella Maillart. Entre l’aventurière suisse et moi, c’est une romance qui dure depuis des décennies. Ici, ce ne sont pas les oasis qui sont interdites. Notre relation est discrète, ou presque. Elle n’est trahie que par des livres en tout genre – ses récits, photos ou quelques biographies – qui habitent ma bibliothèque. Avec Ella, c’est l’Aventure ou l’Amour avec un grand A. Comme bien souvent, ce n’est pas l’espace qui me sépare de celle qui participa aux régates olympiques de 1924 et aux championnats du monde de ski alpin de 1931 à 1934, mais bien le temps. Le retard est une habitude ancrée chez moi. À chacun son siècle.

Ella, elle, était en avance sur son temps. Sportive, exploratrice, voyageuse, écrivaine et photographe, elle n’hésite pas à prendre des risques afin d’assouvir sa soif de découverte. Elle accumule les expériences, traverse la Russie, l’Afghanistan, l’Iran et la Turquie pour nourrir ses lectrices et ses lecteurs de récits envoûtants. Dès ses premiers pas dans l’exposition, le public rencontre une Ella Maillat déterminée, le béret solidement vissé sur la tête, une pipe en bouche – à la manière des marins qu’elle est) et surtout une carte préfigurant les voyages à venir. Son regard est oblique vers une fenêtre. Il y a des horizons à découvrir. Plus loin, une mappemonde dessine le chemin parcouru par l’aventurière-photographe. L’exposition est une véritable orgie visuelle classée par thème : le voyage bien évidemment, mais également et surtout des hommages à ces hommes et ces femmes qu’elle rencontre le long de son itinéraire. L’iconographie léguée par Ella Maillart est immense !

Durant le Festival Booklovers, il y a des tables rondes. L’une d’elle a attiré mon attention : « Le jour où l’IA a voulu tuer l’amour. »  On s’intéressait particulièrement à l’IA comme outil de traduction visant à remplacer le travail des traductrices et des traducteurs. Une véritable hérésie tant l’amour est une histoire biologique. Rien à voir avec les serveurs, cartes mémoires ou les matières rares.

Si un jour je dois écrire un livre qui raconte ma romance avec Ella Maillart, nul besoin d’une machine pour traduire ou élaborer des sentiments en mode binaire. L’amour se signe avec le cœur. La traversée des steppes en sa compagnie, des pauses rassurantes dans des maisons de thé ou encore une balade en Ford dans l’inconfort de la poussière des pistes d’Asie centrale sont des élucubrations de mon sympathique cerveau. Bien loin du pillage de la littérature orchestré par quelques géants aveugles à l’humanité.

Au vu du succès rencontré par l’exposition qui lui est dédiée, je constate – avec une certaine joie et une pointe de jalousie d’être obligé de partager – que sa mémoire continue de faire vibrer le public. Ses archives sont inscrites au registre Mémoire du monde de l’UNESCO. Ella est éternelle, et moi je continuerai à m’enivrer de ses récits.