En terrain déminé
Vendredi, durant ma conversation téléphonique avec Céline, qui écrit pour le Journal du Jura, je réfléchissais à cette belle solidarité qui règne dans notre région. Au cours de notre échange, nous avons joyeusement invoqué cet esprit de Noël qui offre de jolis miracles tels que celui de trouver les fonds nécessaires à la construction d’une machine de déminage. Une prouesse réalisée par notre jeunesse.
Après ce coup de fil, j’ai repensé aux Carnets de Solidarité de Julia Montfort. La journaliste française valorisait les initiatives de ses compatriotes, ceux, qui par solidarité, accueillaient des migrants au sein de leur foyer. Le souvenir de notre rencontre en 2021 m’a inspiré l’envie d’écrire à propos d’un Grand Chasseral Solidaire. Je trouvais que ma région n’était pas avare en ouverture, dans un monde qui tend à se replier sur lui-même.
Les enfants peuvent changer le monde
Ce samedi 6 décembre 2025 était un jour particulier. Devant les locaux de la Fondation Digger, à Tavannes, il y avait quelques larmes qui s’égaraient sur des joues rougies par le froid. Une émotion non feinte à la hauteur du pari complètement fou que s’était donné quelques directeurs d’écoles soutenus par la Direction de l’instruction publique et de la culture du Canton de Berne. En effet, pendant une année, les écoliers du Grand Chasseral et de la ville de Bienne se sont mobilisés afin de récolter des fonds pour construire et envoyer une machine de déminage en Ukraine. En raison du conflit avec la Russie, les classes de la région ont accueilli des Ukrainiennes et des Ukrainiens dans leurs effectifs. Un acte de solidarité avec ces élèves pas comme les autres était à créer. L’objectif était ambitieux : un million de francs !
« Les enfants peuvent changer le monde », a déclaré le directeur de la Fondation Frédéric Guerne lors de son discours. Au terme de l’échéance, les écoliers sont parvenus à récolter environ 50’000 frs. Bien au-delà de l’aspect financier, on peut se réjouir que plus d’un millier de jeunes a eu au moins un contact avec les activités de la fondation tavannoise. La solidarité et l’altérité ont fait mouche.
Les mauvaises langues pourraient persifler et relever qu’on est bien loin de l’objectif initial. Pourtant, ce montant a eu un effet démultiplicateur avec, dans un premier temps, le soutien de la commune de Trachselwald-Heimisbach, en Suisse alémanique, qui a augmenté la cagnotte de 10’000 frs. Puis, il y a ce couple de donateurs privés. Touché par l’action des écoles, il a ajouté 500’000 frs à la collecte qui ont été encore complété par un investissement de 100’000 frs de la Fondation Digger. « Il ne faut jamais renoncer à ses rêves, les enfants », s’est enthousiasmé Frédéric Guerne. Le montant est suffisant pour construite cette machine, fruit de la motivation de nos jeunes.
L’effrayant bruit des sirènes
Derrière le public, il y a une représentation très concrète du visage de la guerre. Pour l’occasion l’organisation Amnesty international a ramené un des 1783 véhicules de secours qui ont été détruits par l’armée russe. En fond sonore, derrière la carcasse, un téléviseur diffuse un reportage. On y entend l’effrayant bruit des sirènes d’alarme anti-bombardement. Plus jeune, le directeur de la Fondation Digger était fasciné par les armes. « C’est en voyant un jour la carcasse d’un char que j’ai pris conscience que des personnes étaient mortes à l’intérieur… Comme dans cette ambulance. » C’est le genre de prise de conscience qui change le destin et la carrière professionnelle d’un homme.
« Le visage de la guerre, c’est cette ambulance »
Cette guerre, les femmes ukrainiennes vivant dans la commune de Tramelan l’ont connue. Ainsi, elles ont tenu à participer à cette petite agape de remerciement. Elles ont régalé le public des magnifiques pâtisseries qu’elles ont confectionnées. Elles ont, malgré les épreuves vécues par leur peuple, apporté cette bonne humeur à la fois mélancolique et contagieuse des pays de l’Est.
Parmi elles, on retrouve Anya. Elle vit depuis de très nombreuses années en Suisse. Anya se balade à travers les convives en tenant à bout de bras son smartphone. Sur l’écran, on y aperçoit un couple : ce sont ses parents. Ils vivent à Odessa. L’Ukrainienne filme la foule, présente les différents intervenants et surtout, se dirige vers la Digger D-250 exposée sur le parking. Elle leur explique que c’est une machine de ce type qui sera mise en production dès l’année prochaine. Ce résultat est le cadeau de Noël qui récompense l’incroyable mobilisation des élèves du Grand Chasseral et de Bienne.












- Fondation Digger
- En une année, les enfants peuvent changer le monde – Journal du Jura – 07.12.2025
- Une 3e machine Digger ira en Ukraine, Telebielingue (dès 6min16) – 07.12.2025
- Les élèves enverront «leur» machine de déminage en Ukraine grâce à un don d’un demi-million, Le Quotidien Jurassien – 06.12.2025
- La fondation de déminage Digger pourra envoyer un engin en Ukraine. RFJ.ch – 06.12.2025
- Une machine de déminage ira en Ukraine grâce aux fonds récoltés par des élèves, RTS Info – 06.12.2025
- Carnets de Solidarité, webdoc de Julia Montfort
- Carnets de Solidarité, de Julia Montfort, Ed. Payot
- Table ronde « Mon hôte ». CIP Tramelan, le 20 mai 2021

