22
Nov
2025
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L’art de se promener (et de prendre le temps)

En 1802 déjà, le penseur Karl Gottlob Schelle (1777-18.. ?) élève la promenade au rang d’art. C’est que la marche n’est pas un exercice si aisé qu’il n’y paraît. Se déplacer n’est pas un simple mouvement physique du corps, c’est également un enchantement qui berce l’imagination et invite à la contemplation.

Dans sa préface, Pierre Deshusses précise que Schelle se veut un être « un penseur du sens commun, un philosophe pratique qui applique son esprit et sa réflexion aux choses de la vie. » Avec son petit traité sur L’art de se promener, l’auteur allemand remplit pleinement cette mission et ses écrits me parlent. Il aborde tour à tour les différentes raisons qui poussent à la promenade, l’état d’esprit à avoir avant d’entreprendre une marche, détaille ensuite l’influence des écosystèmes sur une balade qui brise les servitudes mentales, s’intéressant aux différences entre les versions urbaines ou rurales, en passant par les élévations géologiques. « Les promenades sur une montagne ou une chaîne de montagnes ne présentant pas de grandes difficultés et dévoilant un large panorama élèvent incomparablement l’esprit. »

La lecture de ce bouquin m’a conforté dans mon inclinaison permanente et de plus en plus marquée à la lenteur.

Malgré le faible nombre de pages, l’ouvrage parvient à multiplier les points de vue autour de l’exercice de la promenade. Karl Gottlob Schelle complète son propos par de nombreuses notes qui convient son lectorat à (re)découvrir d’autres récits. Il reproduit et commente notamment des extraits puissants des Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), qui traîna un temps du côté de Bienne, ou encore invite à lire la magnifique description d’un levé de soleil dans le Voyage en Sicile et à Malte de l’écrivain écossais Patrick Brydone (1736-1818).

Candeur du mouvement

Est-ce une catastrophe ? La lecture de ce bouquin m’a conforté dans mon inclinaison permanente et de plus en plus marquée à la lenteur. Ce n’est pas la destination, ni même l’itinéraire d’un voyage ou d’une promenade trop vite exécutée qui compte. Je préfère davantage la candeur que le mouvement apporte à l’esprit qui s’immerge dans une lente progression ; elle est généralement escortée par une observation attentive de son environnement. Cette apparente nonchalance est définitivement à contre-courant d’un monde qui incite à vouloir gagner du temps en permanence, y compris dans ses loisirs. Moi, paraît-il, je marche sur les nuages.