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Avr
2026
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Ouvrez les yeux

En 2024, le canton de Berne et la Croix-Rouge suisse (CRS) ont mis en place une formation d’auxiliaire de santé destiné aux requérants d’asile. Mercredi, plusieurs camarades ont reçu le précieux sésame à l’issue de cette formation intensive. La cérémonie fut particulièrement émouvante.

L’abbaye de Bellelay est une bâtisse chargée d’histoire. Elle fut fondée en 1136 et c’est de cet endroit exceptionnel du Grand Chasseral qu’est originaire le fameux fromage Tête de moine. Depuis la fin du XIXe siècle, l’abbaye hébergeait une clinique psychiatrique. Après le déménagement de cette dernière il y a quelques années, on a trouvé à ce bâtiment historique un destin entre culture et lieu d’intégration.

Pour Andrea, Jocelyne, Bella Lual et Brice

Il faut du courage

Aujourd’hui, c’est également un lieu de formation qui permet à des personnes issues de la migration d’obtenir un certificat d’auxiliaire de santé. C’est un parcours en accéléré qui permet aux candidates et aux candidats de bénéficier tout d’abord de cours de français intensifs. Ils accédent ensuite à des modules, dont des stages dans des institutions des domaines de la santé et du social de la région pour parfaire les compétences acquises sur le site. 120 personnes suivent actuellement ce cursus. Ce mercredi 1er avril, on assistait à la remise des diplômes de la seconde promotion.

Parmi les 16 récompensés du jour, il y avait Andrea, Jocelyne, Bella, Lual et Brice. Ils ont toutes et tous concouru à m’éveiller au monde et à sa richesse. Des rencontres effectuées à l’occasion d’un cours de français, ou d’une ou plusieurs sorties avec l’association Amitra.

Lors de la remise du certificat, le directeur de la santé, des affaires sociales et de l’intégration du canton de Berne Pierre Alain Schnegg a rappelé aux lauréates et aux lauréats que pour se lancer dans ce processus « il faut du courage et que cette réussite mérite d’être honorée. » Il a raison.

Un regard neuf sur le quotidien des équipes du home Les Bouleaux

Originaires de différents pays, avec des parcours de migration parfois compliqués, j’ai été touché de les voir quitter chacune et chacun leur tour l’anonymat du public pour cheminer sur le devant de la scène. Magnifiquement vêtus, ils ont serré la main du conseiller d’État bernois et reçu ce merveilleux diplôme. Il certifie « une compétence reconnue dans toute la Suisse », détaille Anna Gerber, la responsable des formations de la CRS Canton de Berne. Morena Pozner, directrice de la résidence des Bouleaux qui a accueilli plusieurs stagiaires, a souligné « que ces parcours de vie variés ont apporté un regard neuf sur le quotidien de ses équipes. Le résultat du soir repose sur une humanité profonde. »

Avec bonheur, j’ai regardé les visages radieux d’Andrea, Jocelyne, Bella, Lual et Brice. Les applaudissements qui accompagnaient chacune des poignées de main faites aux officiels m’ont attendri. Les sourires de ces derniers étaient l’expression d’une satisfaction qui, au-delà du papier, récompensaient également l’audace et la détermination dont les 16 diplômés ont fait preuve tout au long de leur parcours personnel respectif. De mon côté, les serrer dans mes bras était mon geste, un brin dérisoire, d’amitié et de remerciement pour l’exaltation des sens que mes camarades m’ont procurée.

Les larmes du Sahara

La cérémonie avait débuté par un petit concert de Sergi – « le rayon de soleil de Bellelay », comme l’a si bien décrit l’un des responsables de la Croix-Rouge – accompagné de son fameux didgeridoo. Il faut bien l’admettre, ce longiligne Ukrainien est d’un caractère extraverti et hyperactif sur les lieux… mais aussi en dehors. Musicien accompli, je le vois encore jouer de son instrument à l’intérieur de la patinoire de Tramelan, accompagnant ainsi les pirouettes artistiques de ma fille Mathilde. Du jamais vu sur glace !

Maintenant que le certificat est en poche, c’est une nouvelle vie qui débute. Les désormais diplômés vont pouvoir prétendre à un emploi auprès d’une institution. C’est une manière d’avancer vers la voie de la liberté et de l’indépendance qui est réjouissante.

Au moment de la clôture de la cérémonie, c’est un autre réfugié, Mohamed, qui a pris le micro pour chanter un rap de sa composition : Ouvrez les yeux. J’ai donc ouvert grand les yeux, ému. Selon Mathilde, ce n’est pas une poussière que j’avais dans l’œil ce soir-là comme excuse pour laisser couler une larme ou l’autre. Elle a observé que c’est bien le Sahara tout entier qui a servi à évacuer l’émotion qui m’étreignait.