29
Mar
2026
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Le livre interdit (Into the wild)

J’ai vu Into the Wild au cinéma, puis à la télévision à plusieurs reprises. Pourtant, je m’étais toujours refusé de lire le bouquin qui a inspiré le film. Notamment par ce qu’il y avait ce bout de territoire qui me fascinait… L’Alaska… Et cette liberté, sans doute, qui me terrorisait.

Into the Wild, c’est bien évidemment l’histoire de Christopher McCandless, un jeune états-unien épris d’une liberté totale. Il largue les amarres, quitte famille et université pour vivre intensément. Dans ses bagages et sa boîte crânienne, on y retrouve Henry David Thoreau, Jack London, Tolstoï ou encore John Muir. Des livres qui me parlent et qui engorgent ma bibliothèque. Le film m’avait été conseillé par mon camarade Fabien : paysages grandioses, émancipation, bande son incroyable et au bout de tout, le dernier voyage, dans les confins de l’Alaska. McCandless y perdra la vie… Dénutrition. À 24 ans.

Le film réalisé par Sean Penn est sorti en 2007. Il est inspiré de l’enquête de Jon Krakauer éditée en 1996. Après la découverte du corps de McCandless en 1992, le journaliste avait publié un article retraçant son parcours pour le magazine Outside. Le reportage a suscité diverses controverses : génie inspirant pour certains, un sacré imbécile pour d’autres : il était mal préparé, un gosse bien né pas taillé pour l’Alaska. Krakauer s’est décidé à mener une enquête plus fouillée.

Billie qualifie l’endroit de « charmant »

Je n’avais jamais lu le livre. Sans doute pour ne pas me confronter à mes propres inspirations. Il y a deux semaines, il m’est apparu par hasard dans un rayonnage de la bibliothèque de Tavannes. Mon geste a été instinctif, guidé par mon esprit romanesque. J’ai empoigné le livre et j’ai commencé à le lire.

Désorienter sa vie pour la contrôler

Au fil des pages, Krakauer apporte une vision nettement plus nuancée que ce qui apparaît dans le film. Doté d’une personnalité hors du commun et d’une intelligence de vie fascinante, McCandless désoriente sa vie pour mieux en reprendre le contrôle. L’auteur ne focalise pas son propos sur le seul jeune homme. Il revient également sur l’histoire d’Everett Ruess, un jeune aventurier disparu dans le Colorado en 1934, ou encore sur sa propre expérience d’alpiniste de l’extrême. Il s’est confronté au Devils Thumb (Alaska) au printemps 1977. La mort n’était pas loin.

Je me suis donc plongé corps et âme dans la lecture d’Into the Wild. Ce récit n’est pas celui d’un jeune écervelé. C’est avant tout celui d’une jeunesse qui aime les risques : conduire trop vite, boire de l’alcool ou pour certains partir à la guerre la fleur au fusil (ça, cela ne dérange pas nos gouvernants) – tout cela n’est bien évidemment pas à encourager.

L’erreur est dangereuse

Alex Supertramp (le surnom qu’il s’est donné) s’est confronté à un risque encore plus grand : l’erreur.  Tout au long de son épopée à travers les États-Unis, le jeune homme a démontré son courage et sa capacité de travail. Il était capable d’assurer les tâches les plus dures pour gagner un peu d’argent et financer ainsi son voyage. De l’avis des personnes qui l’ont côtoyé, il avait également une vivacité d’esprit hors norme.

Mais voilà… Il y a des erreurs qui ne pardonnent pas. Ce n’est pas l’Alaska, ni la nature qui ont tué McCandless… C’est un enchaînement de toutes petites erreurs. Certains aventuriers ou aventurières ont certainement fait les mêmes, sans conséquence. Christopher n’a pas eu cette chance. Ce n’est ni un héros (il ne souhaitait sans doute pas l’être), ni un écervelé. Il était simplement fasciné par le beau. Il n’y a rien à reprocher à cet état d’esprit.

10 mois après la mort de Christopher, Jon Krakauer a accompagné les parents du jeune homme sur les lieux du drame, auprès du Fairbanks City Transit Bus 142. Émue, sa mère Billie, a qualifié l’endroit de « charmant ». En un seul mot, elle a compris, mieux que quiconque, les aspirations de son fils à vénérer la poésie qui émane de la nature sauvage.

Ce livre interdit, je l’ai profondément aimé.