8
Mar
2026
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De rêves et de papiers

Durant 547 jours Rozenn Le Berre a fréquenté des jeunes (et parfois des moins jeunes) exilés. Elle était éducatrice dans un service d’accueil pour celles et ceux qui arrivaient en France. Son rôle : écrire un rapport pour le département qui ensuite devait déterminer l’âge des arrivants, distinguer les mineurs des autres. En jeu : l’accès à la protection et à l’éducation ou… la rue.

Contre la porte de l’éducatrice, c’est la valse des poings. Fermes, nerveux, timides ou musicaux… Le parcours de ses hôtes débute toujours par ces quelques coups contre cet obstacle entre leurs espoirs et le labyrinthe administratif dans lequel ces jeunes gens s’engagent.

Au fil des pages, ce sont des dizaines et des dizaines d’histoires qui s’entremêlent : Abdulsalam, Azizullah, Yahia, Mathilde, Résistance ou Valentine ont des histoires à raconter. Celles de l’exil et de ses difficultés, entre emprunts financiers, passeurs malveillants, déserts et mers comme redoutables adversaires. Il faut se remémorer les sales souvenirs et surtout les dates : celle de sa naissance pour commencer, puis celles retraçant sa scolarité – si on a eu la chance de fréquenter l’école – et tous ces chiffres qui visent à prouver qu’on est mineur et surtout isolé. C’est-à-dire, arrivé sans aucun parent.

Rozenn Le Berre, elle, a tenu 547 jours, soit, parfois la durée du voyage de l’un de ces jeunes qui arrivait pour toquer à la porte de son bureau. Son renoncement ? Lorsque ses cas ne deviennent plus que des dossiers, des noms qui s’anonymisent et que ces visages durement marqués s’effacent.

De rêves et de papiers : l’espoir de mineurs

Les anecdotes se succèdent. Elles prêtent parfois à sourire, d’autres fois elles convient à la révolte et à l’indignation. L’éducation ou la rue, rien entre les deux. Un récit qui permet de mieux comprendre pourquoi certains adultes tentent de se faire passer pour mineurs.

Les différentes histoires narrées par Rozenn Le Berre offrent un visage et une identité à ces exilés. L’heure est à la préservation de la solidarité et de l’entraide internationale afin que les prochains Abdulsalam, Azizullah, Yahia, Mathilde, Résistance ou Valentine n’aient plus à traverser des mers ou des déserts en quête d’une vie meilleure.

Et si, ils et elles, tentent tout de même l’aventure… Au bruit du poing contre nos portes, l’écho se doit être résolument accueillant et solidaire.