Double chronique sportive
Lecteur repenti de la presse sportive, cette chronique est exceptionnelle. Au départ, elle était prévue pour s’intéresser au match de gala entre le HC Ajoie et le Lausanne HC, elle se double de la finale olympique de Hockey entre les États-Unis et le Canada.
Habitué à fréquenter la patinoire de Tramelan en raison des entraînements de patinage artistique de ma fille, j’ai largement abusé de café à la cafétéria. J’ai souvent utilisé ce temps à disposition pout rédiger mes chroniques publiées sur les Amis de la BD ou pour alimenter mon blog 5Kilometres.com. Ma routine : à l’étage, installé devant cette table haute, toujours disponible et confortable.
De ma tour de contrôle bihebdomadaire hivernale, je bénéficie d’un point de vue privilégié sur le mouvement des clients et clientes. J’aperçois également les usagers de la glace. Le grand téléviseur est aussi à portée de regard. Aujourd’hui les États-Unis et le Canada sont en train d’en découdre virilement lors de la finale olympique de hockey sur glace. Les JO de Milan-Cortina seront terminés ou presque au terme des trois périodes. La saison de patinage artistique s’achevant également, mes textes s’écriront ailleurs. Sur ma terrasse, avec un brin de chance et un peu de beau temps.
(Fin du premier tiers-temps, les États-Unis mènent 1-0)
La faille du système scolaire
Durant mes années de lycéen, j’ai été un lecteur assidu du journal L’Équipe. En classe, le décryptage quotidien méthodique du moindre résultat était une de mes occupations favorites. Peu importe la compétition ou le sport. Les chronos des athlètes s’opposaient au rythme trop lent de l’horloge du lycée. Le format du journal, qui n’était pas encore le tabloïd d’aujourd’hui, ne s’accordait pas à une lecture discrète. Toutefois, mes bons résultats scolaires m’offraient le loisir d’être invisible. En contrepartie, mes soirées étaient rythmées par la tête et le cœur, à savoir mémoriser les notes de cours prises par mes camarades. C’était là, la faille du système scolaire, on ne demandait pas une réflexion sur nos apprentissages. Recracher ces notes, à la virgule près, était alors largement suffisant.
(À Milan, sur la glace de la Santagiulia Ice Hockey Arena, le Canada égalise à la fin du 2e tiers-temps, une bagarre éclate)
Cinq jours plus tôt, j’étais en bonne compagnie (celle de ma fille notamment) dans les tribunes. La patinoire de Tramelan accueillait un match de gala. Devant un peu plus de 1000 spectatrices et spectateurs, deux clubs de National League (LNA), première division du championnat de Suisse de hockey sur glace, s’affrontaient. D’un côté le club de la capitale vaudoise, le Lausanne HC, de l’autre l’équipe – on pourrait presque écrire « régionale », le HC Ajoie dont la patinoire habituelle est située à 35 minutes de celle de Tramelan. C’était un match de réconfort qui se jouait ce soir-là, l’équipe résidente ayant été éliminée de son propre championnat il y a quelques jours.
Une vision en noir et jaune
« C’est un match sans stress n’étant supporteur d’aucune des deux équipes », résume mon beau-frère. Placés du côté gauche des tribunes, nous avons en ligne de mire le gardien du Lausanne HC. Odeurs de saucisse et effluves de vin chaud escortent ce début du match.
(Fin du temps réglementaire États-Unis 1 – Canada : 1)
Sur l’écran, les États-uniens harcèlent la cage canadienne. Cela me rappelle quelques jours plus tôt la domination vaudoise. Il faut bien l’avouer, le cœur basculait factuellement vers l’équipe de proximité. Le noir et le jaune imprimés sur mes rétines. En début de semaine, le rouge était la couleur de l’adversité, aujourd’hui, c’est celle de nos amis Canadiens. Nouvelle proximité de cœur.
Le rouge était la couleur de l’adversité
À Tramelan, les Jurassiens ont ouvert le score. La suite fut malheureusement à sens unique. Dans le public, les encouragements sont timides, quelques clameurs virevoltent vers la glace lorsqu’une situation chaude se présente. Toutefois, malgré plusieurs avantages numéraires, la vouivre ne parvient pas à dominer le lion. C’est presque rageant. Chaque but est d’autant plus amer que le gardien Jurassien en encaisse 4 alors qu’il est placé devant nous lors du deuxième tiers-temps.
C’est l’émotion du sport : on a beau démarrer une rencontre sans stress, le déroulement du match, puis le résultat final ébranlent la quiétude cérébrale de départ. Il y a 35 ans, lorsque j’ouvrais L’Équipe, il y avait déjà cette sensation, entre joie et tristesse, qui imprégnait mes neurones. Les scores, les analyses et les témoignages annihilaient toute cette agitation académique qui m’entourait. Dans la solitude de ma lecture, si je me sentais heureux pour les vainqueurs, je ne pouvais m’empêcher de me sentir comme un frère pour les perdants.
Score final HC Ajoie – Lausanne HC : 1-7 (1-1 / 0-4 / 0-2)
(À Milan, les Américains « du sud » remportent le titre olympique à l’issue de la prolongation)

