24
Mai
2026
5

J’ai travaillé à la RTS (ou presque…)

Le 5 mai dernier, j’ai pour la première fois de ma vie franchi les portes des locaux de la RTS pour une interview… Bon… Pour être plus exact, j’ai surtout fréquenté la cafétéria des locaux de la Radio Télévision Suisse en vue d’une rencontre avec le dessinateur de bandes dessinées Matthieu Bonhomme.

Ce mardi-là, je débarque à Genève assez tôt. Le bruit de la ville tranche assez rapidement avec la quiétude du train. C’est assez rare pour le souligner : pour une fois j’ai préféré l’usage du transport public à celui de ma voiture individuelle. Le temps du voyage m’a été utile pour préparer le fil conducteur de l’entretien à venir.

Quelques semaines auparavant, Anne-Catherine, attachée de presse pour Dargaud Suisse, m’avait offert cette possibilité d’interviewer Matthieu Bonhomme. L’auteur était en Suisse pour assurer la promotion du troisième album de sa vision du célèbre Lucky Luke. Placé entre le 12h45 de la RTS et une émission de One FM, le temps à disposition était calibré. C’est une proposition qui était pour le moins flatteuse démontrant que Les amis de la BD – site pour lequel j’officie très régulièrement – est un média crédible.

Entre la gare Cornavin et la tour de la RTS, il y a environ trente minutes de marche. La ville baigne dans sa circulation et ses bruits : voitures, tramways, bus, vélos, trottinettes. La rue est animée. Entre les bavardages des badauds, les musiciens de rue et les moteurs en tout genre, le chahut sonore couvre celui de mes pensées.

Bien avant son aventure Lucky Luke, Matthieu Bonhomme c’est, pour moi, la série Esteban. Elle raconte les péripéties d’un jeune Indien qui embarque à bord d’un baleinier, le Léviathan. Le jeune garçon qui souhaite devenir harponneur devra faire ses preuves. J’ai découvert cette série dans le Journal de Spirou. Le coup de cœur fut immédiat, du même type que celui que j’ai éprouvé pour le Théodore Poussin de Frank Le Gall : une histoire de bateau et d’évasion, déjà. Le type de récits épiques qui transporte la lecture dans une autre dimension (telle que je ne résiste pas à mettre dans le présent texte une comparaison avec les histoires narrées par Henry de Monfreid).

Assez naïvement, j’avais l’espoir de découvrir les studios et les secrets de la RTS. Or, mon rendez-vous était fixé à la cafétéria. Pour s’y rendre, nul besoin de passer par la réception pour s’enregistrer. Le lieu est libre d’accès. Sur place avec deux heures d’avance, j’en profite pour peaufiner mes questions et relire La longue marche de Lucky Luke afin d’y débusquer certains détails. Vide à mon arrivée, le lieu est pris d’assaut lors de la pause de midi. J’écoute les conversations qui s’y déroulent mais n’y entends aucun scoop.

13h30. La cafétéria étant trop bruyante pour la sensibilité de mon micro, je retrouve Matthieu Bonnhomme à la réception. L’ambiance est déjà plus feutrée. Au cours de l’entretien, j’apprécie la franchise et la délicatesse du dessinateur. Ses réponses sont fluides et amicales. Il m’embarque dans sa passion pour le western et Lucky Luke. Le dessinateur est d’une extrême bienveillance. À la fin de la conversation, je ne manque pas de lui évoquer ma passion pour Esteban.

Et je n’ai pas osé…

Lucky Luke était le sujet de notre rendez-vous, je lui demande de signer l’album pour illustrer l’article à paraître sur le site Les Amis de la BD. Il le fait avec la gentillesse qui le caractérise.

J’avais emporté dans mon périple genevois le tome 1 d’Esteban, Le Baleinier. Pressé par le temps et encore sous le charme de ce chouette entretien – puis, bien moins intrépide que le héros en question – j’ai laissé le bouquin au fond de mon sac. La RTS est un haut lieu du journalisme où se posent quotidiennement des milliers de questions (pour sans doute beaucoup moins de réponses franches). Moi, je n’ai pas osé celle qui comptait à mon cœur : « Matthieu accepteriez-vous de dédicacer cet opus de votre formidable Esteban ? »