Kolkhoze : destin de famille
Je ne connaissais pas Emmanuel Carrère, ni même sa maman, l’immortelle Hélène Carrère d’Encausse. Aussi, lorsqu’en croisant Kolkhoze, mis en évidence par la bibliothèque de Tavannes, j’ai davantage été attiré par le titre du livre que par la notoriété de son auteur.
Un Kolkhoze est une exploitation agricole collective, dans l’ex-URSS. Presque par opposition, c’est également une tendre habitude prise par l’auteur et ses sœurs lorsqu’ils allaient, enfants, dormir auprès de leur mère. Un gros câlin collectif en somme.
Il m’a fallu plusieurs dizaines de pages de « chauffe cérébrale » pour comprendre le sens de ce livre. Une fois bien aligné avec mon esprit, j’ai apprécié de connaître l’histoire de cette famille tiraillée entre la France, la Russie et la Géorgie. La cousine de l’auteur, Salomé Zourabichvili fut même présidente de la petite république caucasienne de 2018 à 2024.
Il m’a fallu plusieurs dizaines de pages de « chauffe cérébrale » pour comprendre le sens de ce livre.
Le récit s’intéresse aux différentes racines d’une famille multiculturelle prise en étau entre la révolution russe et les deux guerres mondiales. Emmanuel Carrère s’intéresse à ses aïeuls, mais décrypte au fil des pages le caractère de sa mère, l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse. On y découvre une femme portée par une envie de réussir après un départ de vie plutôt compliqué marqué par la disparition de son père Georges Zourabichvili en 1944, soupçonné de collaboration avec l’Allemagne nazie.
Lire est l’activité par défaut d’Emmanuel Carrère. C’est également en quelque sorte la mienne. J’ai tout d’abord ouvert les premières pages de ce livre alors que j’étais à l’une des rencontres interculturelles organisées par la bibliothèque de Tavannes et l’association Amitra, un moment d’échange qui offre aux réfugiés de notre région de profiter d’une agréable soirée, ce soir-là autour des jeux de société.
Une immortelle, deux familles
Les Zourabichvili, la branche géorgienne de l’académicienne, comme les von Pelken, pour la partie Russe, étaient des familles plutôt confortablement installées dans leur pays respectif. Les soubresauts de la Grande Russie de ce premier quart de XXe siècle leur ont été fatals, et elles se sont dissoutes en France et ailleurs. C’étaient aussi des réfugiés. De l’union de ces deux familles naquit une immortelle dont la fin de vie a fortement été marquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Des histoires de départ, on en recueille encore aujourd’hui (malheureusement) beaucoup trop. L’une de nos responsabilités, c’est d’offrir une écoute attentive et de faciliter au mieux l’intégration de ceux qui changent de vie pour en obtenir une meilleure. Certains y arriveront, d’autres sans doute (encore malheureusement) pas, un peu à l’image des différents protagonistes de Kolkhoze.

